STRASBOURG (AFP) - Pour la première fois de leur histoire, des milliers de buralistes, arborant fièrement la "carotte" (le losange rouge des débits de tabac), ont manifesté lundi à Strasbourg pour défendre leur secteur, menacé selon eux par la contrebande et les hausses du prix du tabac.
Les manifestants, 3.300 selon la police, 5.000 selon les organisateurs, venus de toute la France pour témoigner de leur solidarité avec leur collègues frontaliers, ont défilé bruyamment aux cris de "fiers d'être buralistes" ou "nous ne sommes pas des dealers".
"Les débitants frontaliers sont sinistrés depuis la hausse du prix du tabac en janvier (+8 à à 17% selon les marques, ndlr) et les autres sont touchés également. Nous sommes persuadés que dans toutes les régions de France vont se créer des marchés parallèles, de contrebande", explique René Le Pape, président de la confédération des débitants de tabac de France, qui regroupe 34.000 buralistes.
"Il y a par exemple un réseau de routiers des pays de l'Est qui remontent des cigarettes polonaises qu'ils achètent 1,75 euros le paquet et qu'ils revendent à Strasbourg à 2 euros. Ils améliorent leur ordinaire à notre détriment", dénonce Patrick Merck, président des débitants du Bas-Rhin, assurant que la nouvelle hausse des prix envisagée par le gouvernement entraînerait la fermeture de 30% des débits alsaciens.
Soulignant que les paquets de cigarettes sont "en moyenne 20% moins cher" dans les pays frontaliers, les buralistes, s'estimant "victimes de l'Europe des inégalités", réclament également une harmonisation des taxes sur le tabac dans l'Union européenne, pour que les habitants des départements limitrophes n'aillent pas se fournir de l'autre côté des frontières.
"La fréquentation baisse dans nos commerces mais la consommation de cigarettes ne baisse pas. On voit nos clients habituels avec des paquets qui viennent d'Espagne", regrette de son côte Jean-Claude Jaureguiberry, débitant à Bayonne, tandis qu'une fanfare accompagne le défilé sur l'air de "J'ai du bon tabac dans ma tabatière".
"Comme partout en France, notre activité est en chute de plus de 20% en moyenne depuis le début de l'année", continue-t-il, notant que les ventes de cigarettes sont touchées mais aussi les confiseries, journaux et autres jeux à gratter.
"Le tabac est un produit d'appel alors il faut faire entrer les gens par un autre moyen. Nous négocions avec les douanes (organisme de tutelle) pour trouver d'autres produits, comme des pièces administratives que les gens doivent actuellement aller chercher dans les préfectures, des points Poste ou des bornes internet", explique encore M. Le Pape.
Pour "sauver" leurs débits de tabac, "premiers commerces de proximité" en France, ces préposés de l'Etat espèrent aussi pouvoir négocier une augmentation de leur commission sur les ventes, actuellement de 6% net.
Quant au projet de loi interdisant la vente de tabac aux moins de 16 ans, ils disent ne pas y être opposés par principe mais réclament une révision à la baisse des sanctions en cas d'infraction.