Les jeunes fumeurs dans le collimateur des parlementaires et de Jean-François Mattéi

PARIS (AP) - Hausse des prix, interdiction de vente aux jeunes, suppression des "paquets-enfants": les députés ont adopté jeudi en première lecture une proposition de loi sénatoriale, qui s'attaque "sans concession" au tabagisme des moins de 16 ans en interdisant aux buralistes de leur vendre des cigarettes et en prévoyant une nouvelle hausse de la fiscalité du tabac.

Pas convaincus, socialistes et communistes se sont abstenus en regrettant un "cache-misère" et une loi d'"affichage". Le texte, soutenu par le ministre de la Santé, devrait être adopté définitivement avant la fin de la session extraordinaire du Parlement.

"Le tabac est un ennemi public. Il s'agit d'une lutte sans concession destinée à prévenir des dizaines de milliers de morts", a expliqué le ministre de la Santé Jean-François Mattéi aux députés. "Nous agirons sur tous les fronts pour progressivement ne plus laisser d'espace au tabagisme dans notre société".

Les jeunes Français détiennent en effet le triste record de la consommation de tabac en Europe: 40% fument quotidiennement et 10% présentent des signes de dépendance. "Parmi les jeunes ayant commencé à fumer à l'adolescence, la moitié va mourir à cause du tabac et parmi eux un quart décédera avant 65 ans, soit une vie raccourcie de 20 à 25 ans", a souligné le ministre.

Pour endiguer ce phénomène, la proposition de loi adoptée le 11 février au Sénat prévoit des mesures musclées: les débitants de tabac n'auront plus le droit de vendre ou d'offrir des cigarettes, du tabac ou du papier à rouler aux moins de 16 ans, sous peine de recevoir une contravention de 150 euros. Les députés ont fait machine arrière, car le texte initial exposait le buraliste à 3.750 euros d'amende, portée en cas de récidive à 7.500 euros, un an de prison et la résiliation du contrat de gestion. "La guerre contre le tabac n'est pas la guerre contre les buralistes", a tempéré le ministre.

Dans la foulée de l'augmentation de 11% du prix des cigarettes décidée en janvier, le texte prévoit une nouvelle hausse des taxes de près de trois points. Sur les quatre premiers mois de l'année, les ventes de cigarettes ont baissé de 9%, a indiqué M. Mattéi.

Enfin, il sera interdit de vendre des paquets contenant moins de 19 cigarettes. Moins chers, les petits paquets, dits "paquets-enfants", sont très prisés par les jeunes.

Les députés ont nettement durci le texte en ajoutant plusieurs amendements: la publicité sera purement et simplement interdite pour le papier et le tabac à rouler; ces deux produits seront davantage taxés et devront faire figurer une mention du type "fumer tue" sur leur emballage. Les députés ont en outre proposé que les films faisant la promotion du tabac en exposant des marques ou leurs symboles soient privés d'aides publiques, mais le ministre a préféré qu'une "concertation" préalable soit menée.

Enfin, un volet prévention sera développé dans le cadre du projet relatif à la politique de santé publique que le ministre doit présenter à la rentrée. Des campagnes de sensibilisation seront notamment lancées via le programme "Ecole sans tabac".

Dans sa lutte contre le tabagisme, Jean-François Mattéi dispose du soutien sans faille du président Jacques Chirac, qui a déclaré la "guerre au tabac" en mars en lançant le plan cancer. Il s'appuie également sur la convention de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) contre le tabac, paraphée par la France le 21 mai. Objectif affiché sur cinq ans: réduire le tabagisme de 30% chez les jeunes et de 20% chez les adultes. AP

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