Cyrille Louis
[28 mai 2003]
Hausses
massives des prix du tabac, interdiction de la vente de cigarettes aux moins
de 16 ans, remboursement des substituts nicotiniques, stricte application de
la loi Evin : si aucune des mesures énoncées hier par le ministre
de la Santé ne constitue une surprise de taille, l'architecture générale
de son «plan d'offensive» contre le tabagisme atteste la détermination
de Jean-François Mattei. L'objectif que lui a fixé le président
de la République n'est, il est vrai, pas mince : obtenir, d'ici à
2007, «une diminution de 30% du tabagisme des jeunes et de 20% de celui
des adultes». Aussi le projet de loi de programmation en santé
publique sera-t-il enrichi, d'ici à son examen par l'Assemblée
nationale à l'automne, de plusieurs dispositions antitabac dont certaines
pourraient bien être vivement contestées.
Dès hier, la Confédération des débitants de tabac
a d'ailleurs donné de la voix en accusant le ministre de faire le jeu
des trafiquants de cigarettes : «Il vient de donner un nouveau signe fort
aux contrebandiers et aux bénéficiaires des ventes transfrontalières»,
se sont notamment inquiétés les représentants des 34 000
buralistes français. Jean-François Mattei venait, il est vrai,
de frapper fort en se disant prêt à augmenter chaque année
le prix des cigarettes de 17 à 25% ce qui mettrait le paquet au-dessus
de 7,50 euros à l'horizon 2007. L'intérêt principal de cette
mesure consiste à décourager par avance les industriels qui seraient
tentés de compenser la hausse des taxes par une baisse de leurs marges,
artifice auquel ils ont eu recours lors de récentes augmentations afin
de limiter leur impact.
«Cette fois, les pouvoirs publics disent clairement qu'ils hausseront les taxes jusqu'à ce que l'objectif fixé soit atteint, sans se laisser intimider», commente Gérard Dubois, professeur d'épidémiologie au CHU d'Amiens. Et ce avec d'autant moins de scrupules qu'une étude scientifique * vient très opportunément démontrer l'efficacité de récentes hausses de prix. Hier, l'Institut Gustave-Roussy de Villejuif a en effet annoncé que la dernière augmentation, de l'ordre de 10% en moyenne, a permis de faire baisser les ventes de 8,6% sur les quatre premiers mois de l'année. «Sur cette base, on estime qu'augmenter les prix de 25% permettrait de réduire la consommation de 10% et ainsi d'éviter 10 000 décès chaque année», note Mattei.
L'interdiction de la vente de tabac aux moins de 16 ans, qui avait été approuvée par le Sénat avant d'être repoussée à l'Assemblée nationale, remonte également en piste. Tout juste le ministre envisage-t-il d'alléger les sanctions prévues à l'encontre des débitants en infraction et même d'associer ces derniers en en faisant «des agents de santé publique».
Plus surprenant, Jean-François Mattei a laissé entendre que le remboursement des substituts nicotiniques patchs et gommes devrait être expérimenté dès l'automne prochain dans une région qui reste à déterminer. Il faut dire que ces outils suffisent à multiplier par deux l'efficacité d'une tentative de sevrage, pour faire passer les chances de réussite à 20%. «Le problème, c'est qu'on court ainsi le risque d'avoir à financer les patchs de 15 millions de fumeurs désireux de s'arrêter, ce qui serait difficilement supportable par les finances publiques», observe Gérard Dubois. C'est pourquoi des protocoles stricts devraient à terme lier le candidat au sevrage au médecin tabacologue.
Enfin, le ministre entend faire passer les crédits affectés aux associations qui luttent contre le tabagisme de 400 000 euros à 7 millions d'euros et multiplier les campagnes d'information.
* Bulletin d'études épidémiologiques, 27 mai 2003.
Source : http://www.lefigaro.fr/france/20030528.FIG0053.html